lundi 11 août 2014

Chili - Mes Racines - Santiago

Par où commencer?
Peut-être par que j'adore Santiago!

J'adore les villes qui malgré leur grandeur laisse la place aux sports et surtout quand l'artère principale qui traverse toute la ville normalement réservée à la circulation automobile devient le terrain de jeux des sportifs. Une 3 voies ouverte à moi tout seul pour courir le dimanche matin! Oh Yeah!
Un régal de pouvoir courir avec tous les sportifs au beau milieu de ce grand axe et de découvrir Santiago d'une façon que j'adore! Hey oui, je fais des marathons pour visiter les villes, vous croyez que c'était pour le challenge? ;-)

Les rues aux sportifs!!!
Nous avons passé un bon 10 jours dans la capitale du Chili. La ville est la plus peuplée du pays et avec son agglomération, qui représente 1/3 de la population chilienne. Fondée en 1541 par Pedro de Valdivia, conquistador au service de la couronne espagnole, elle est devenu une ville de 1er plan dans l'empire espagnol, grâce notamment à un climat propice, une végétation abondante et la facilité de la ville a être défendue.

La première chose qui impressionne quand on arrive dans la ville sont les énormes montagnes qui dominent le panorama tout autour. La sublime Cordillère des Andes à l'Ouest et la Cordillère de la Costa à l'Est imposent par leur proximité et leur grandeur. Le paysage est sublime malgré les nuages de pollution qui s'accumulent dans cette "plaine". Un peu le même effet qu'à Mexico City.

Vue sur la Cordillère de Andes
Santiago est une ville en constant développement depuis plusieurs années. Depuis quelles années, une croissance économique régulière a transformé la ville en une métropole moderne. Rompant avec son passé de dictature, la ville se redore en activités culturelles, théâtres, restaurants, universités et nouvelles infrastructures de transports comme son métro, système le plus étendu d'Amérique du Sud.

J'étais venu ici pour découvrir l'endroit où était arrivé pour la 1er fois en Amérique mon grand-père et j'ai découvert beaucoup plus. Une Histoire chilienne déconcertante, une dictature éprouvante et violente et deux noms allaient rester dans ma mémoire : "Allende et Pinochet".


Cette journée à la recherche de mes racines allait transformé ma visite et la façon dont j'allais voir et concevoir Santiago.

Devant l'ancien hôtel Carrera
Répondant à une annonce de l'Alliance Française (organisation dont le but est de promouvoir la culture française à l'étranger) pour le poste de chef pâtissier dans un grand hôtel, mon grand-père arriva en 1949 de son long voyage à Santiago. Le Chili était son deuxième choix, il avait du se résigner à laisser les États-Unis derrière lui car à cette époque la France était considérée en période de "pre-guerre froide" comme "communiste" et néfaste aux intérêts des USA. Mon destin aurait bien été différent dans ces conditions s'il eu existé...


Chef pâtissier à l'hôtel Carrera, il travailla 5 ans dans cet hôtel de luxe en face du palais présidentiel. Et c'est là que mon destin fut scellé car c'est dans cet hôtel qu'il rencontra ma grand-mère chilienne et qu'une nouvelle famille vu le jour. 

Reconverti depuis 2004 par le gouvernement du Chili en Ministère des relations extérieures ( quoi de mieux comme reconversion ), le Carerra aura vu passé tout le gratin international, des sublimes réception et l'horreur de son histoire.
Je vous invite à voir cette vidéo sur l'histoire de l'hôtel et une transition toute faite sur la dictature de Pinochet.


Une période noire de l'Histoire chilienne que j'allais découvrir et qui me faisait déjà froid dans le dos...  Vidéo 1
"Tengo fe en Chile y su destino", Salvador Allende
Le 20 eme siècle fut marqué par une grande instabilité économique et des coups d'états au Chili. Baisse des cours des minéraux, la Grande Dépression aux États-Unis, tremblement de terre en 1960, appropriation des mines de cuivres appartenant aux USA.

C'est dans ce climat instable qu'en 1970, Salvador Allende devient le premier président élu démocratiquement sur un programme socialiste. Il enclenche alors un fort virage politique . Il intensifie les réformes de ses prédécesseurs dans la nationalisation des ressources du pays sans indemniser les compagnies, le plus souvent américaines, accentue sensiblement la politique de redistribution des terres en faveur des paysans pauvres, mets en place des mesures sociales comme l'augmentation des salaires et réquisitionne beaucoup d'entreprises pour leur nationalisation dont 9 des 10 banques chiliennes.

Les progrès de la première année sont encouragement mais trompeurs au vu des 2eme et 3eme années. Des manifestations commencent à émmerger dans tout le pays et le budget de 1973 est passé en force par Allende car non voté par le Parlement. S'ensuit une série de manifestations, révoltes et créations de groupe para-militaire d'extrême droite. Le pays vit alors un début de guerre civile où s'oppose les milices d'extrême gauche à celle d'extrême droite.


Durant l'été 1973 de multiples grèves et des insurrections menacent la stabilité du pays, Allende résiste et paraphrasant John F. Kennedy, déclara que « ceux qui s'opposent à une révolution pacifique rendent celle-ci inévitablement violente ». Mais il se doit à la fin août 1973 de nommé le Général Pinochet à la tête des armées à la suite de la démission d'un des ses généraux , se ralliant aux nombreuses manifestations contre le gouvernement.
Casa Moneda, Palacio del Gobierno
Le 11 septembre 1973, le Palais Présidentiel "La Moneda" est bombardé par l'aviation chilienne et par les tanks qui sont positionnés sur la place principale. Salvador Allende fait évacué le personnel du palais, se retrouvant seul, il proclame son dernier discours (Vidéo 2). Il est retrouvé sans vie après le "Putsh" méné par le Général Pinochet, qui s'auto proclame chef suprême de la junte militaire et impose son dictat. (Minute 6'27 de la Vidéo 1).
Salon Salvador Allende, Casa Moneda
Ce coup d'état est accueilli par un soulagement par les partis conservateurs et certains démocrates qui espèrent un retour au calme et récupérer le pouvoir. Mais la junte d'Augusto Pinochet ne libèrera que le pouvoir en 1990 après une dictature marqué de répressions, violences et de nombreuses victimes.
Dissolution du congrès, syndicats et partis, élimination physique des opposants de la dictature avec "l'Opération Condor", liberté de la presse abolie, couvre-feu instauré, littérature de gauche interdite, milliers de livres brûlés, opposants arrêtés, torturés, déportés ou exécutés, une économie qui s'endette fortement pour croître les premières années et lourdement chuté ensuite. Tout ceci sous le coup d'une répression omniprésente et des manifestations réprimées dans le sang. Vidéo 3

Casa Moneda
L'Histoire n'est pas gaie pour le Chili entre les années 70 et 90. Héros de la patrie pour certain, personnage infâme et meurtrier pour d'autres, le plébiscite de 1988 défait Pinochet du pouvoir et en 1990, il se retire de la présidence pour laisser place à la démocratie de nouvelles éléctions.
Il reste quand même proche du pouvoir en se proclamant, chef des armées dans un premier temps puis sénateur à vie ensuite.
Encore aujourd'hui, il est sensible de parler des années Pinochet et son arrestation en 1998 à Londres a ravivé les tensions entre les partis politiques et les démons du passé ont ressurgit dans le pays à ce moment. Vidéo 4


Le Général Augusto Pinochet mourra en 2006 sans finalement jamais avoir été jugé pour ses actes. En outre la Cour Suprême de Justice Chilienne déclarera les recours déposés par les familles des milliers de victimes "irrecevables" et cèlera son sort en 2005 de son vivant. Pinochet mourra donc libre le 10 décembre 2006 à l'hôpital militaire de Santiago...

Casa Moneda
Il m'était important de conter cela car ce fut un tournant dans la découverte de cette ville, cette période de l'Histoire est profondément ancrée dans la mémoire collective des gens et que même encore aujourd'hui, ce sujet est très très sensible. Cette tension est palpable quand on essaye de parler aux gens de ces années...

Depuis 2010, le musée de la mémoire et des droits de l'homme témoigne de cette dictature et des 28 000 cas de torture recensés. Un édifice immense fait de béton et de verre qui couvre sur les 3 étages toute l'Histoire de cette époque. Une visite émouvante pour moi et marquée par les larmes pour certains visiteurs à la vue de photo de disparus, lettres de détenus, objets intimes,...

Qu'aurait été mon histoire si mon grand-père était pas revenu en France en 1965, j'ai du mal à m'imaginer cela et voyant tout ce qui m'entoure...

Museo Prehispanico
Ce fut un peu dur pour moi de "digérer" toute cette Histoire, je ne m'attendais pas vraiment à cela et le plus choquant était que ce n'était qu"il y a 20/30 ans... Cela parait si proche, ce n'était pas quelque chose du passé, révolu, c'est mon âge...
Museo Prehispanico
Depuis 1990, le pays renoue avec la vie démocratique et même s'il est encore difficile de trouver des lieux où la peinture et les livres s'expriment, contrairement à Valparaiso ou Buenos Aires, la culture et les arts reviennent dans cette ville pour mon plus grand bonheur. Mais les douleurs du passé ne s'oublient pas si facilement et les choses comme la présence de militaires en ville est maintenant  bannie de Santiago...
Mercado Central
Santiago et le Chili en sont devenus la ville et le pays le moins corrompu et un des plus démocratique d'Amérique du Sud. En 2006 puis de nouveau en 2013, Michelle Bachelet devient la première femme présidente du Chili et caractérise sa politique par la mise en place d'un gouvernement d'une parité égale femmes/hommes.
Jeux d’échecs dans la rue
Il semble que le Chili et Santiago soit de nouveau sur de bons rails pour aborder le futur. C'est une chose que l'on pense pas trop souvent lorsque l'on voyage. On visite des lieux touristiques, des paysages, des monuments mais on se s'intéresse trop peu à l'Histoire du pays. Un peu normal quand on est "en vacances", on a beaucoup à faire déjà avec son pays alors que faire des autres et on est là pour "être en vacances". Mais ne pas savoir la vérité est un peu gênant des fois pour moi quand j’essaye de comprendre un nouveau pays, surtout pour le Chili...
Art dans la rue
Arte en la calle
Centre historique
Une des particularités de Santiago est ses petites et moyennes collines qui surplombent la ville. Le cerro "Santa-Lucia" est un havre de paix pour la nature et ses amoureux, cette petite colline qui culmine à 70 mètres était un point d'observation à l'époque des conquistadors.
Cerro Santa-Lucia
Aujourd'hui la colline est reboisée et pleins de petits chemins permettent de se promener de petites places, en fontaines à travers le magnifique parc.
Cerro Santa-Lucia
Cerro Santa-Lucia
Un autre emblème de la ville et pour le coup à couper le souffle est le cerro "San Cristobal". Il culmine à 860 mètres d'altitude et à presque 300 mètres au dessus de la ville. C'est tout simplement le lieux à visiter pour se rendre compte de toute l'étendu de la ville et d'apercevoir la sublime Cordillère des Andes!
En route pour le Cerro San Cristobal
Nous nous y sommes rendu avec Denise et Sam, amis brésilienne et australien en prenant le funiculaire vieux de 90 ans! A son sommet, la "alegria"!
Cerro San Cristobal
Vue depuis le Cerro San Cristobal
C'est à ce moment là, à ce moment précis, assis sur un des côtés de la statue de la Vierge Maria qui trône au sommet du cerro, que je pris pleine conscience du parcours fabuleux de qu'avait accompli mon grand-père et toute sa famille. 

Je venais de boucler la boucle! J'étais arrivé à l'endroit où 65 ans avant il avait débarqué la première fois sur ce continent. Immergé par la puissance et la beauté du paysage, je fondais en larmes me disant que j'avais enfin accompli ce que je rêvais depuis tout petit! Venir au Chili, découvrir ces terres et renouer avec l'histoire de ma famille.

J'en avais rêvé depuis tout petit, travaillé sur ce voyage depuis 7 ans, tenté ma chance avec ma copine au péril de la perdre en faisant cette année, partir dans ce voyage dans le doute et la peur de pas être capable d'y arriver. Et cette journée là, je me retrouvé au sommet de cette ville, la contemplant et avec la plus grande admiration, car c'est elle qui avait fait rêver mon grand-père et qui m'avait fait rêver aussi.
BenKa est venu me retrouver et je l'ai serré fort dans mes bras en lui disant simplement : "Merci d'avoir était là, c'est aussi grâce à toi que je suis là aujourd'hui et que je peux réaliser ce rêve, Merci mon pote!"...

Vue depuis le Cerro San Cristobal
J'ai appris beaucoup de choses sur ma famille au Chili en redécouvrant les lieux où ils vivaient. La culture qui leur étaient propre, l'Histoire de ce pays, les différents peuples à travers l'immensité du Chili, les traditions et la façon si particulière dont les chiliens voyaient leur pays. Santiago est une ville qui restera marqué en moi à jamais pour ces raisons. 

Mais aussi pour d'autres, nouvelles et propres à ce voyage, j'ai nommé les vignobles, les "terremotos", les amis et leur joie de vivre et la singulière façon des chiliens de faire la fête tout le temps mais vraiment tout le temps!

Voilà ce que cela donne en images :
Visite Vignoble Concha y Toro
Vignoble Concha y Toro
Vignoble Concha y Toro
Vignoble Concha y Toro
Vignoble Concha y Toro
Vignoble Concha y Toro
Casiro del Diablo, Vignoble Concha y Toro
La joie!! Vignoble Concha y Toro
Terremotos!!!!
Noche de Terremotos!!
Noche de Terremotos!!
Choripanada al hostel
Choripanada al hostel
Noche de fiestas!!
Des amis au grand coeur et des soirées dignes des plus grands éclats de rires.
Chi Chi Chi Le Le Le, Viva Chile!! ;-)



A présent, il était temps de quitter le Chili et passer en Argentine pour continuer notre périple. Ce jour-là, nous partions enfin en bus pour traverser la cordillères des Andes après 3 jours d'attente. Cela monte à 3 800m et le passage est constamment bloqué en hiver par les neiges et les glaces qui le recouvre. C'était avec incertitude que nous regardions la météo tous les matins en espérant pouvoir partir...
En route pour Mendoza
Ce matin, enfin après 3 jours d'attente nous partions...

Plus le bus montait à travers la montagne, plus il me paraissait clair qu'une ligne de chemin de fer avec ses nombreux tunnels avait du être utilisé pour franchir cette montagne par le passé. Je me prenais à rêver que c'était là, là que ma mère avait franchi la Cordillère des Andes pour la première et dernière fois lors de ce voyage vers la France qui lui faisait quitter à jamais le Chili, 50 ans auparavant.

Elle me racontait :

"Tout d'abord, il y a un mot que j'ai appris c'était DEFINITEVEMENT. J'ai entendu mon père le dire à son entourage quand on lui demandait pour combien de temps nous partions du Chili. Je répétais, en prenant soin de bien séparer les syballes, à tout le monde qui me posait la question du départ : je pars dé-fi-ni-ti-ve-ment! qu'est-ce ce mot me paraissait long, comme notre voyage d'ailleurs, qui me paraissait au bout du monde.


La France, l'Europe nous en rêvions . Mon père nous racontait qu'en France il y avait tout, même des cimetières pour chiens!

A cette époque, c'est à dire en 1965, il y avait bien sûr des avions qui faisaient la liaison Santiago-Paris, mais mon père a préféré qu'on parte en bateau, à fin de voyager avec tous nos bagages, à coté de nous. C'est ainsi que nous sommes partis, avec... 9 malles, 19 valises et quelques autres petits bagages !! Toute notre vie du Chili, et surtout celle de ma mère....

Ascension de la Cordillère des Andes
Les adieux ont été déchirants pour les adultes,... Moi, j'étais trop petite pour prendre la mesure qu'on partait pour toujours.
 
Nous sommes partis juste après mon anniversaire de mes 9 ans. Nous avons pris le train à Vina del Mar... Je garde l'image de mouchoirs qui s'agitaient et qui s'éloignaient à fur et à mesure que le train prenait de la vitesse...

Nous avons traversé les Andes en train à crémaillère, monté à près de 4000 mètres, passé par la station de ski, Portillo,... puis nous sommes redescendu en Argentine, traversé la pampa, où la chaleur était suffocante...
"

Passage de Los Libertarores, Cordillère des Andes
Je ne gravissais pas la Cordillère des Andes en train mais c'était bien le même endroit où je passais 50 ans après la mère, elle en été, moi en hiver, comme un signe je quittais ce pays par le même passage qu'elle avait empreinté pour rejoindre sa nouvelle terre d'adoption.
Passage de Los Libertarores, Cordillère des Andes
Des dizaines de virages en épingle, de la neige partout, une ascension longue et vraiment impressionnante avec des montagnes encore plus haute autour de nous, comme l'Aconcagua qui culmine à presque 7 000m. C'était la cerise sur le gâteau. Je pensais que j'en avais fini avec le Chili mais il me réservait encore cette superbe surprise! Je ne pouvais rêver mieux en quittant ce pays.
Passage de Los Libertarores, Cordillère des Andes

De l'autre côté, l'Argentine et des paysages complètements différents nous attendaient.

J'avais fini mes recherches, fier de moi et fier du nouveau lien familiale que je venais de créer.
Retrouver l'histoire de mes racines m'avait non seulement aidé dans la compréhension de mon passé, de mes origines, mais elle avait aussi permis à la famille de sublimer ce lien entre nous tous.

Comme si je n'étais pas parti seul, j'informais ma mère de mes découvertes et aventures, qui à son tour informait son père, sa sœur, son frère et tout le reste de la famille. Je n'étais pas seul dans cette aventure et les souvenirs remontaient aussi du côté de ma famille pour m'être parvenues au Chili. 

Le Chili revivait en nous tous et bientôt allait arriver ue colis de journaux, trucs, partitions de musique, bidules que j'avais récolté tout au long de mon voyage au Chili. Un simple retour des choses pour montrer ma reconnaissance à toute ma famille et leur dire combien j'étais fier de mes origines que je connaissais à présent...

...

Références:
Vidéo 1 : "Documental Hotel Carrera completo"

Vidéo 2 : "Mes dernières paroles - Salvador Allende, le 11 Septembre 1973" 
Vidéos 3 : "Le chili sous la dictature de Pinochet"
Vidéo 4 : "Rétrospective sur le Coup d'Etat du général PINOCHET - Archive vidéo INA"

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